Attaque terroriste de Grand Bassam - Discours du ministre à la communauté Française

Discours prononcé par M. Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et du développement international, devant la communauté française en Côte d’Ivoire - Abidjan le 15 mars 2016

"Spontanément nos pensées sont allées à ce peuple ivoirien, qui se bat avec dignité et courage pour sortir depuis tant d’années des difficultés. Ce pays qui retrouve sa place, son rôle comme un pays leader et moteur dans cette région d’Afrique.

Nous avons bien sûr pensé à nos compatriotes et d’abord aux victimes. Dimanche, les informations nous arrivaient peu à peu, tout d’abord une victime puis malheureusement quatre victimes. Dès notre arrivée, nous sommes allés, avec Bernard Cazeneuve, nous recueillir devant leur dépouille. Mais, bien évidemment, ce moment de recueillement s’adressait aussi à tous ceux qui sont morts, quelle que soit leur nationalité, et parmi eux beaucoup d’Ivoiriens. C’était un dimanche, c’était un jour de détente, où beaucoup se retrouvent à Grand Bassam, ce lieu superbe, et où viennent à la fois des Européens mais aussi des ressortissants ivoiriens et d’autres nationalités, qui ont l’habitude de se retrouver là près d’Abidjan, pour passer un moment ensemble.

Et ce qui s’est passé nous a rappelé tragiquement ce que nous avions vécu dans notre propre pays il y a quelques mois avec les attentats de janvier puis les attentats de novembre. En novembre, des jeunes, des moins jeunes qui étaient attablés, ici dans un café, là dans un restaurant ou assister à un concert et qui, sans imaginer un instant qu’ils auraient pu être atteints par des balles, ont été les victimes tragiques du terrorisme. C’est la même chose ici. C’était la même chose à Bamako, à Ouagadougou, au Kenya et il y a quelques jours en Tunisie.

Donc nous sommes venus en rencontrant le Président Ouattara, à la demande du Président Hollande, adresser les condoléances de la France, exprimer la solidarité de la France, exprimer notre amitié mais aussi notre détermination à continuer à travailler ensemble. C’est ce que nous avons fait avec Bernard Cazeneuve il y a quelques instants en rencontrant nos homologues, les ministres des affaires étrangères, de la défense et bien sûr de l’intérieur.

Et le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, qui connaît bien son homologue, avait il y a quelques jours travaillé avec lui pour anticiper les risques qui menaçaient la Côte d’Ivoire et qui menacent aussi d’autres pays de la région. Et déjà nous avons pu faire le bilan de ce qui a été engagé et qui va se poursuivre et s’amplifier. C’est notre souhait et nous avons même assisté à un exercice. Nous avons vu l’Unité d’intervention de la gendarmerie nationale ivoirienne, qui ressemble au GIGN, où ceux qui ont conduit cette opération ont bénéficié d’une formation de personnels français. Et nous avons pu voir sur place l’efficacité de cette coopération et, je le répète, elle va se poursuivre et elle va s’amplifier.

Mais le message qui est le nôtre et qui est aussi celui du président Ouattara, c‘est un message qui s’adresse à tous. D’abord, à nos compatriotes français, que je voudrais particulièrement saluer, parce que beaucoup d’entre vous ont connu des années difficiles. Mais vous avez l’amour et la passion de ce pays et la plupart d’entre vous êtes restés. Parce que vous croyez à l’avenir de ce pays, et vous avez voulu faire preuve de patience, de courage aussi, pour que ce pays retrouve la voie de l’espoir et vous avez bien fait.

Et aujourd’hui, même si comme je l’ai rappelé, le terrorisme aveugle a frappé, le président Ouattara et nous, nous disons qu’il faut garder confiance, faire preuve de vigilance évidemment, de précautions redoublées mais en même temps qu’il faut vivre. Vivre et donner toutes ses chances à ce pays. Et vous y prenez part, par votre travail, dans les administrations publiques, mais aussi dans les entreprises, dans la vie associative. Tous ceux qui ont choisi soit de vivre ici quelques années, ou tout simplement de s’y installer, d’y fonder une famille. Il y a les nationaux et les binationaux. D’ailleurs dans ceux qui sont morts, j’ai eu hier soir au téléphone des membres de leur famille, certains avaient effectivement fait le choix de la Côte d’Ivoire. Un pays, où nous ne passons que quelques heures avec Bernard Cazeneuve, mais qui, je le sais par tous les témoignages, et Monsieur l’Ambassadeur, vous qui en parlez si bien, vous me l’avez dit encore pendant les quelques moments que nous avons passé ensemble, est un pays attachant. Un pays où on a envie de vivre, et en tout cas de connaître ses habitants, de mieux les connaitre. Par ce que je sais que quand on se connaît, on peut partager beaucoup de choses.

Aussi le message, c’est un message de mobilisation. Mobilisation avec tous les moyens bien sûr de notre coopération, mais aussi chacun d’entre nous pour lutter contre le terrorisme, à la fois sur le plan politique, diplomatique, militaire et policier. La France est engagée et ne renoncera pas à ses engagements.

Je serai d’ailleurs à la fin de la semaine en Tunisie pour aussi adresser un message, qui sera un message de soutien aux choix du peuple tunisien de la démocratie, de son avenir sur la base des valeurs de liberté, d’égalité, et de fraternité. C’est un choix difficile, mais qui, là aussi, est menacé pour les mêmes raisons. Parce que les terroristes, quel que soit le nom de leur mouvement, n’aiment pas ce que vous êtes, ce que nous sommes et ce que nous voulons être ensemble, au-delà de nos histoires propres, nos cultures. Mais il y a des valeurs profondes que nous partageons, et qui nous animent, et qui font sens et qui peuvent donner un espoir pour les jeunes générations, pour l’avenir. Et d’où l’importance d’être toujours engagé et déterminé.

Et, en même temps, donner un espoir et un avenir, c’est aussi assurer le développement, la sécurité et la défense. Et la France mène de front l’ensemble de ces combats, avec ses partenaires, bien entendu. Et lorsqu’ils nous appellent pour amplifier notre solidarité, nous sommes présents. Mais en même temps, nous voulons leur adresser notre admiration comme je l’ai dit au Président Ouattara et aux ministres que nous avons rencontrés. Le drame à peine commencé, les forces de police, les forces spéciales ivoiriennes sont intervenues avec une grande efficacité.

Je n’oublie pas non plus que lorsque nous avons été touchés nous aussi en France, les autorités ivoiriennes mais aussi le peuple ivoirien ont manifesté leur solidarité et leur affection avec la France et les Français. Et je profite de cet instant devant vous pour exprimer à tous nos amis ivoiriens notre grande gratitude.

Je vous l’ai dit, rien ne doit s’arrêter. Dans quelques jours, il y aura ici des réunions et je pense notamment à celle qui aura lieu le 21 mars, le Forum économique organisé par Jeune Afrique avec 2000 participants, car il est hors de question de dire « il y a un danger ». Il y a eu un appel lancé à tous les participants : « Venez. Soyez là ». Ça sera la meilleure marque de solidarité avec la Côte d’Ivoire. Il en va de même pour d’autres rendez-vous à la mi-avril. Il y aura aussi une réunion du Fonds mondial de lutte contre le sida et la tuberculose. Il y aura également à la fin du mois d’avril une réunion entre les conseillers commerciaux et le MEDEF international, en direction donc des entreprises. Et puis il y aura aussi une réunion, à votre initiative Monsieur l’Ambassadeur, de tous les ambassadeurs français d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, c’est-à-dire 22 ambassadeurs qui se retrouveront ici pour marquer là aussi l’importance de ce pays. Et là aussi cette réuni on sera maintenue.

Une bonne nouvelle aussi que je voulais, non pas annoncer parce que je pense que nos compatriotes qui sont ici le savent, mais cette semaine, je crois que c’est vendredi, que sera inaugurée une usine toute neuve, de fabrication de fromages Bel. Tout le monde connaît les fromages Bel et ce sera à Abidjan. Donc voilà un acte concret qui montre à quel point on peut ici investir et continuer à investir, créer des emplois, et dans un partenariat bien compris et respectueux avec nos amis de Côte d’Ivoire.

Vous, Mesdames et Messieurs, Chers Compatriotes, je l’ai dit tout à l’heure vous aimez ce pays. Bien sûr vous aimez la France et quand on est un peu loin de la France, on la regarde, je dirais, avec sûrement une certaine distance mais au bon sens du terme, avec affectation et confiance. Plus on est loin de la France, plus on recherche ce qu’il y a de bien dans notre pays. Et je crois que nous pouvons être fiers.

La vie doit continuer, car l’objectif des terroristes est de nous empêcher de vivre la vie que nous voulons mener, la vie que nous avons toujours voulu mener. Nous devons accroître notre vigilance. Mais nous ne céderons pas. Notre détermination à défendre, nos valeurs communes, à la Côte d’Ivoire et à la France, est totale.

Vive la Côte d’Ivoire ! vive l’amitié entre la France et la Côte d’Ivoire ! Et vive la France !"

Discours de Jean-Marc Ayrault du 15 mars 2016

publié le 18/03/2016

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