Discours de l’Ambassadeur S.E.M. Georges Serre à l’occasion de la fête nationale du 14 juillet 2016

Excellence, Monsieur le Président de la République,
Madame la Première Dame de Côte d’Ivoire,
Monsieur le Premier ministre,
Mme et MM. les présidents des institutions républicaines,
Mmes et MM. les membres du gouvernement,
Mmes et MM. les députés,
Mme la représentante spéciale du SGNU,
Mmes et MM. les membres du corps diplomatique et des institutions multilatérales,
MM. les officiers généraux et cadres militaires,
Mmes et MM. les élus consulaires,
Distingués représentants des institutions religieuses,
Distingués représentants des autorités traditionnelles,
Chers compatriotes et chers amis ivoiriens,

M. le Président de la République et Mme la Première dame, c’est un grand honneur pour les personnels de cette ambassade, mon épouse et moi-même, de vous accueillir ce soir à la résidence de France à l’occasion de notre fête nationale. Nous y voyons une grande marque de la qualité exceptionnelle des relations entre nos deux pays. Notre communauté française, estimée aujourd’hui à près de 19 000 âmes, est particulièrement fière de votre présence qui témoigne de votre confiance en elle et qui souligne la place qu’elle occupe dans sa seconde patrie d’adoption.

A l’heure où les équilibres internationaux sont parfois durablement modifiés par de nouveaux périls comme le terrorisme, où la mondialisation accélère sans cesse les relations économiques et sociales, il est rassurant de savoir que des pays amis et alliés comme la Côte d’Ivoire et la France, partagent des valeurs profondes. La liberté de penser et de vivre selon ses choix, la démocratie appliquée aux relations politiques et sociales, la croyance dans des relations économiques fondées sur la confiance et le respect des engagements forment le socle de note pensée commune. Une langue et une histoire partagées, la volonté de donner à nos enfants un avenir radieux par l’éducation et la santé sont également des valeurs qui sont majeures à nos yeux.

Permettez-moi cette année de centrer mon propos sur la cohésion sociale. Depuis la Révolution, l’attachement que portent les Français à leur armée républicaine est une caractéristique forte. Le traditionnel défilé des Champs-Elysées en est le symbole, de même que les prises d’armes qui ont lieu partout le 14 juillet. Nous n’avons pas dérogé à la règle puisque, avec leurs frères d’armes ivoiriens, les Forces françaises en Côte d’Ivoire ont défilé à Port-Bouët ce matin. A cette occasion, le Groupement tactique inter-armes qui les composent a reçu symboliquement le drapeau du 43ème Bataillon d’infanterie de marine, le BIMA, dont le souvenir est encore très présent dans les mémoires. Les traditions font partie de notre collectif.

Se retrouver autour de nos forces de défense et de sécurité s’est avéré un facteur fondamental de reprise de notre cohésion nationale après les attentats qui ont frappé la France. L’armée et la police, le drapeau, notre devise, la liberté, l’égalité et la fraternité, nous ont permis de nous reconstituer et de nous renforcer face à l’adversité. Le soutien manifesté de par le monde et particulièrement en Côte d’Ivoire à notre égard a accompagné le mouvement. Le même phénomène a pu être constaté après l’attentat de Grand-Bassam qui nous a frappé indistinctement dans nos chairs : défense de notre liberté, de nos valeurs, mais aussi solidarité sans faille parce que, comme l’expression familière le rappelle : « nous sommes ensemble ! ».

Je saisis cette opportunité pour rendre hommage aux forces de sécurité et de défense ivoiriennes qui ont su contrecarrer avec efficacité la menace terroriste. J’associe ce soir mes pensées à toutes les victimes de par le monde qui laissent des familles éplorées devant l’absurdité de la barbarie. Les enquêtes menées ont témoigné d’un grand professionnalisme et d’une efficacité redoutable des spécialistes ivoiriens et forcé le respect des pays amis qui collaboraient avec eux.

Nous entretenons avec la Côte d’Ivoire une coopération étroite dans les différents volets de la réforme du secteur de la sécurité. Cette coopération est sans doute très efficace parce qu’elle repose une appréciation commune de la cohésion sociale autour de la défense. Les résultats obtenus depuis 2012 sont remarquables, car l’ensemble des moyens et des hommes ont été réorganisés alors que dans le même temps, le désarmement, la démobilisation et la réinsertion sociale d’ex-combattants a été menée à bonne fin. Aujourd’hui, on parle d’action de l’Etat en mer, c’est-à-dire que le pays contrôle mieux ses ressources halieutiques et participe avec ses voisins à la lutte contre la piraterie. On forme des militaires, des policiers et des gendarmes qui respectent les valeurs éthiques. On peut également participer aux efforts internationaux de défense du Mali. Enfin, deux lois de programmation permettent d’envisager l’avenir avec sérénité. Constatant le retour à la normale, la communauté internationale a ainsi décidé de clôturer l’ONUCI. Il faut souligner que c’est sans doute la première fois qu’un résultat aussi bon est obtenu par les Nations Unies dans le cas d’une opération de maintien de la paix.

La cohésion sociale se manifeste également lorsque les hommes et les femmes d’un pays bénéficient d’un progrès économique et social qui leur donne l’espoir. La Côte d’Ivoire, grâce à des politiques macroéconomiques saines, affiche des résultats de croissance sans équivalents ailleurs. Par son poids économique, la diversité de ses ressources et son appartenance à une zone monétaire forte, elle constitue un ancrage régional majeur. Il existe à nouveau un « modèle économique et social » ivoirien comme dans les trois décennies glorieuses, mais assez différent car le monde a lui-même aujourd’hui profondément changé. Soulignons à cet égard que la Côte d’Ivoire est restée un modèle de terre d’accueil et de transit, dans la grande tradition de « l’Houphouëtisme », dont beaucoup pourraient s’inspirer.

Désormais, la croissance et le potentiel ivoiriens attirent et il faut s’en féliciter. En avril dernier, nous avons déployé nos talents économiques et politiques avec la présence de près de 400 hommes d’affaires et spécialistes accompagnés de nos ambassadeurs d’Afrique de l’ouest et du centre en présence du secrétaire d’Etat au commerce Matthias Fekl et du président du Medef, Pierre Gattaz. Nos conseillers du commerce extérieur, Business France, et l’ensemble des organismes français de soutien à l’investissement étaient présents. Cette démonstration de force est à la mesure de notre présence. Deuxième partenaire commercial derrière le Nigéria nous sommes aussi le premier détenteur d’investissements directs. L’arrivée de nombreuses enseignes ces derniers mois en témoigne. Nos 850 entreprises adhérentes à la Chambre de commerce française et aux autres structures patronales participent à 30 % de la formation du PIB et contribuent à la moitié des recettes fiscales et douanières.

Dans ce contexte, nous souhaitons améliorer encore nos performances et mettre en valeur ce qui nous rapproche. Beaucoup d’entreprises participent à la formation des jeunes et à la recherche dans leurs secteurs d’activité pour créer de l’excellence ivoirienne. Mais il faut entretenir encore et encore la cohésion sociale par un traitement égal des entreprises et permettre, notamment aux petites structures ivoiriennes, y compris artisanales, de trouver leur place dans la croissance. Nous sommes prêts à participer aux efforts qui viseront à disposer de règles claires pour que le secteur informel diminue, pour éviter que des dispositions trop nombreuses suscitent des comportements déviants de corruption. Les entreprises françaises sont décidées à jouer le jeu de la Côte d’Ivoire gagnante car c’est notre intérêt commun.

Quelques mots aussi de la cohésion sociale à travers la politique. Nous vivons aujourd’hui dans une démocratie ouverte où chacun peut prendre la parole. Les prochaines échéances politiques sont l’occasion de démontrer, comme cela est avéré depuis 2012, que la sagesse ivoirienne permet de dépasser les clivages parfois inutiles. Les nombreux exemples de retour, la qualité des débats politiques, la pleine maîtrise des enjeux ont permis de retrouver un climat apaisé. Nous soutenons ce processus qui répond aux aspirations des Ivoiriens. La mission dédiée à la représentante spéciale du SGNU dans ce domaine est un atout majeur.

Finalement, à l’image de la marmite qui a besoin de trois pieds pour rester stable, la cohésion sociale en Côte d’Ivoire a permis de consolider le « pied » de la stabilité et de la sécurité, celui de la croissance économique qui donne foi en l’avenir et enfin celui d’un environnement politique apaisé qui donne confiance.

Les personnels de cette ambassade me disent tous qu’ils sont honorés d’avoir participé à cette période extraordinaire de reconstruction de la Côte d’Ivoire. Nos compatriotes de vieille souche sont heureux d’avoir renoué avec le bonheur d’antan. Les nouveaux arrivants découvrent un pays dynamique et diversifié qui permet d’exprimer ses talents. Je crois que nous pouvons dire que le consensus global qui fait la force d’un pays a été rétabli grâce à une vision, un modèle de société, dont vous avez, M. le Président de la République, construit les bases avec votre riche expérience et une bonne équipe autour de vous. Notre communauté vous remercie pour cela et, plus largement chers Ivoiriens, pour la place que vous lui donnez en votre sein.

Permettez-moi pour terminer de remercier tous ceux qui ont permis cette célébration du 14 juillet : nos sponsors qui tiennent à garder l’anonymat et qui viennent de nos plus belles entreprises d’excellence, la talentueuse Musique de la Garde républicaine, qui je vous en informe participe cette année au grand concours international des musiques militaires et à qui nous souhaitons bonne chance, l’IFCI, les FFCI ainsi que l’équipe qui a monté l’événement.

Vive la Côte d’Ivoire, vive la France, vive l’amitié franco-ivoirienne !

publié le 17/08/2016

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